Les femmes acteurs clés de la patrimonialisation



Les femmes montrent la voie vers la professionnalisation des emplois et des activités




Premières conclusions sur la question de l’égalité des chances suite aux enquêtes conduites en 2008 dans le cadre de l’observatoire de la professionnalisation en Massif central et quelques hypothèses de travail

Dans les emplois du patrimoine rural, la question du genre ne se pose pas en termes d'égalité ou d'inégalité face à l'emploi. Il apparaît en effet que les femmes ne sont pas plus victimes que les hommes de problèmes d’égalité : en un sens, ici, c’est la précarité pour tous. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des questions et des réalités différentes entre genre.

En effet, parmi la trentaine d’acteurs  (bénévoles, salariés, artisans, indépendants…) du patrimoine rural rencontrés lors des enquêtes au titre de l’observatoire sur la professionnalisation en Massif central, les femmes sont quasi systématiquement celles qui agissent de la façon la plus complète sur les trois champs de la médiation du patrimoine rural (médiation interne, externe et territoriale), fonction clé pour valoriser le patrimoine rural.

Ce faisant, elles dessinent un modèle de référence pour la professionnalisation des acteurs du patrimoine rural, et aident à pointer les enjeux profonds de cette professionnalisation.

De nombreuses hypothèses apparaissent pour demain…

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La médiation, fonction clé de la patrimonialisation





Avant toute chose, il faut rappeler que la valorisation patrimoniale passe par une fonction centrale qui est la fonction de médiation. Il faut souligner que la valorisation du patrimoine ne relève pas que des compétences techniques ou de savoir-faire ; elle tient aussi du déploiement d'activités de médiation dans un ensemble de réseaux et c’est cela qui va contribuer à donner une épaisseur patrimoniale aux objets dans lesquels est investie de la technique.

Nos travaux nous ont permis d’identifier 3 niveaux de médiation :
-    la médiation interne : celle qui vise les milieux professionnels (syndicats, chambre consulaire, groupements, office de tourisme…)
-    la médiation territoriale : celle qui vise les institutions locales et territoriales (Pays, Communautés de communes, communes, administrations, associations locales…)
-    la médiation externe : celle qui vise le public, les clients, les visiteurs afin de rendre accessible à l’extérieur le patrimoine que l’on a contribué à produire
Ces trois niveaux sont indispensables à la valorisation patrimoniale.


Dans le Site Remarquable du Goût de la Lagune de Thau (Hérault), les 3 niveaux de médiation sont mis en œuvre par Annie Castaldo, ostréicultrice :
-    médiation interne = Chambre d’agriculture, syndicat, Civam… C’est là que l’on fait avancer les chartes de qualité notamment
-    médiation territoriale = c’est là que l’on sensibilise les élus à l’importance de la production d’huîtres de qualité pour l’image et le développement du territoire. Cela est fondamental compte tenu du fait que la question patrimoniale est toujours appelée en support pour qui veut faire du développement local
-    médiation externe = c’est à ce niveau que l’on montre au public / visiteur / acheteur, avec une activité de vente directe et des visites d’exploitation

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Cette fonction de médiation est par nature distincte de la fonction technique, de production par exemple (la distinction est évidente dans l’agriculture). Elle la complète, elle la valorise, y compris économiquement.

Cela souligne – si l’on en doutait – que les savoirs techniques génériques (i.e. la maîtrise technique d'un métier par ex. comme l’ostréiculture, la taille de pierre…) ne suffisent pas à faire patrimoine. Si l’on veut donner une épaisseur culturelle, ce n'est pas en taillant mieux, c'est en travaillant sur la question des trois médiations.

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L’huître de Bouzigues est un élément intéressant (pas banal) du patrimoine. Mais il ne suffit pas de le penser pour que cela soit reconnu. S’investir sur ces trois niveaux pour faire d’une huître une huître de Bouzigues permet de donner une spécificité au produit (production de sens notamment) et le valorise. Ainsi, le prix de l’huître de Bouzigues n’est pas le même à l’étal selon que c’est un produit labellisé ou non

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Les 6 Films de la série "Regards de femmes"




Elles s'appellent Virginie, Nelly, Agnès, Annaig, Danielle, Alice... Elles développent une activité sur un site Remarquable du goût. Chaque film de 13 minutes présente un itinéraire et s'intéresse aux paysages, aux produits alimentaires emblématiques d'un terroir et ouvre des pistes d'activités et d'emplois.

La série "Regards de femmes" a été co-produite par l'association nationale des Sites remarquables du goût et la chaîne Demain TV dans le cadre du projet Equal DEPART son financement a été assuré par le Fonds social européen et par le Ministère de l'agriculture et de la pêche

Visionner les 6 films de la série "Regards de femmes"

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Les femmes, acteurs clé de la médiation




Ainsi, en analysant précisément des situations, et notamment dans le cas des couples (couples d’exploitants agricoles par ex.), on voit que même si les activités qu’elles conduisent autour du patrimoine sont à la marge de la production (et bien souvent elles sont à la marge), c’est souvent leur travail qui donne l'épaisseur à la prestation centrale. Cela est certain dans le milieu agricole. En valorisant un patrimoine, elles valorisent le cœur de métier de gens qui ne sont pas acteurs du patrimoine (agriculteur par ex.).

Parmi toutes les situations que nous avons rencontrées, quand ces trois types de médiation (interne et externe, et territoriale) sont portées avec succès, c’est par des femmes.

Nous ne prétendons pas que les hommes n’en sont pas capables, mais nous constatons de façon évidente dans nos entretiens que les femmes sont celles qui portent le mieux la complexité de cette fonction sur les trois niveaux. Et cela interroge évidemment.

Le travail produit   par l'Observatoire Photographique des Territoires du Massif Central (OPTMC) a largement contribué à rendre visible cette question là, à lui donner la bonne focale.

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Les femmes, acteurs dominants du patrimoine rural



Nous avons constaté lors de nos divers travaux et enquêtes de terrain que le patrimoine rural est plus particulièrement investi par les femmes, quelle que soit le type de patrimoine concerné (patrimoine agricole ou alimentaire, patrimoine immatériel, musées…) et quels que soit les modes de valorisation observés (tourisme, muséographie, animation, vente directe…).

Une explication à cette prédominance peut être que les activités liées au patrimoine rural sont des activités à la marge, et réputées être moins pénibles (on n’est pas sur les champs de compétence techniques).

Cela ne veut surtout pas dire que les hommes ne sont pas capables, simplement elles sont plus nombreuses.

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Paroles de femme : Caroline Houvet


Les femmes dans les métiers du bâtiment

Pour Caroline Houvet, formatrice en chantier d’insertion à «etude ET chantier», en terme de compétences, le bâtiment – un milieu plutôt masculin - est un domaine où «les hommes et les femmes se complètent très bien» en apportant des qualités
et sensibilités distinctes : « Je pense qu’il ne doit pas y avoir d’a priori face aux hommes et aux femmes. Il faut continuer à travailler sur l’intégration des femmes dans le bâtiment, parce que cela apporte un pointe très particulière. On apporte beaucoup, chacun, et si chacun n’apporte pas sa part, il y a un manque ».
Elle même, issue de plusieurs générations ayant travaillé dans le bâtiment, possède une passion pour le bâti ancien. Après avoir été chef de chantier, elle travaille aujourd’hui en chantier d’insertion, car s’est pour elle l’opportunité de non seulement transmettre un savoir-faire mais aussi de sensibiliser au patrimoine bâti et à l’importance de le valoriser, de le faire vivre. Sensibiliser d’une part les salariés en insertion, mais également les populations locales ou les politiques. Pour ce faire, elle considère que la présentation du travail abouti est fondamentale, tant pour les travailleurs que pour le public.

Conclusion N°1


Les Femmes, acteurs dominants de la valorisation du patrimoine rural, sont celles qui incarnent le mieux les trois médiations et sont à ce titre les acteurs clés de la patrimonialisation.

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Les femmes montrent la voie vers la professionnalisation


Rompues à une situation d’infériorité sociale et professionnelle, les femmes ont su construire des combinaisons efficaces pour valoriser le patrimoine.


Pour un homme ou pour une femme, être un acteur du patrimoine, c’est difficile car c’est rarement reconnu socialement et professionnellement. La reconnaissance est très diffuse, peu palpable. En patrimoine rural, les situations professionnelles, de travail ou personnelles (si l’on intègre l’investissement bénévole – mais ô combien important – dans les associations ou les fonctions électives) croisent trop de champs professionnels : cela empêche la reconnaissance immédiate.

Dans une société où les femmes sont habituées à défendre une position sociale difficile et où elles doivent incessamment faire leur preuve, nous constatons qu’elles sont plus en capacité que les hommes à manœuvrer sur les différents niveaux de médiation.

La position sociale de dire « Mon métier, ce n'est pas que ça... » c'est les femmes qui l’ont, jamais les hommes. Eux avaient une position plus simple, plus centrée, plus normée.

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Leur réalité a été déterminante pour construire aujourd’hui des outils d’analyse
Les seules personnes qui nous ont permis de construire le modèle dans leur plus grande complexité, ce sont les femmes (Annie Castaldo à Bouzigues, Florence Castagné à Volvic...).
Chez elles, la mise en évidence des médiations (qui est le coeur) est très claire.

Les entretiens que nous avons eus nous ont permis de construire le périmètre de l'activité, puis un modèle d’analyse.

Il faut préciser que jamais nous ne nous sommes posé la question du genre, jamais nous n’avons regardé cet angle comme un angle pour notre travail. On a simplement construit un outil d’analyse. Ce n’est qu’a posteriori que les choses nous apparaissent. Avec une certaine évidence.


… et demain des référentiels

Ce qui interpelle tous les observateurs des questions de formation et professionnalisation autour du patrimoine rural, c’est l’évidence de ces médiations. La question est alors : ces activités-là font elles partie du métier ? peuvent-elles faire partir d'un référentiel ? Aujourd’hui, on peut affirmer que oui. Mais rares sont les référentiels professionnels qui affichent clairement cela : aujourd’hui, pour ce que l’on sait, seul le référentiel de l'agriculteur considère que c’est une pratique à maîtriser.

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Conclusion N°2


Bien plus souvent que les hommes, les femmes font preuve d’une capacité à combiner les fonctions indispensables à la patrimonialisation. C’est en observant leur travail que l’on peut décrire et préciser les fonctions de médiation.
A partir de là, pourront être produits des référentiels (référentiels de métier, référentiels de formation) qui intègrent ces fonctions : c’est la voie de la professionnalisation. Ce sont les situations des femmes qui ont révélé ces fondations.

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Des hypothèses à approfondir


Des prédispositions ?
Le fait est que à la fois les femmes et le patrimoine rural se trouvent à la marge, dans une relative ombre. Cette coïncidence interroge et l’on peut se demander si cela résulte de leur statut de femme (le genre prédispose-t-il socialement ?), ou si cela résulte du statut du patrimoine rural. Ou d’autre chose encore…

Des différences de périmètre de métier ?
Y a-t-il une différence de périmètre de l'exercice professionnel entre hommes et femmes ? Cette différence ne tient-elle pas à une implication plus forte dans les questions de médiation ?

Des besoins ou des modalités de professionnalisation et de formation différents ?
Cette question mérite d’être posée aujourd’hui.


Paroles de femme : Nathalie Montigny



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Conclusion finale


Si les constats dressés après le travail d’enquête de l’année 2008 ne pouvaient être énoncés, ni même posés comme hypothèse en 2005 au lancement du projet Equal DEPART, il semble par contre évident aujourd’hui que le sujet mérite d’être traité, sous cette forme : la question du genre dans le patrimoine rural ne se pose pas tant en termes d’égalité entre hommes et femmes qu’en termes de différences de pratiques professionnelles, voire de modalités de formation.

Cela incite à approfondir les analyses dès 2009, pour construire les outils d’accompagnement de l’emploi les plus appropriés aux réalités et aux enjeux.

Lors de la conférence de consensus de l’Observatoire de la professionnalisation en massif central (21-23 octobre 08), une personne spécialiste des questions de professionnalisation sera missionnée pour écouter et analyser les échanges sous l’angle du genre (par ex., les enjeux de la professionnalisation sont-ils les mêmes pour les hommes et pour les femmes ? les modalités de professionnalisation sont-elles identiques ?).

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